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  • : Michel Durand
  • enmanquedeglise
  • : Homme
  • : 31/01/1942
  • : France Lyon
  • : musique voyages lecture art politique
  • : Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir travaillé comme serveur de restaurant tout en étant au service d'une paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Là, je me suis beaucoup intéressés à l'art contemporain tout en enseignant l'iconographie chrétienne. Cela m'a donné l'occasion, dans le cadre des loisirs culturels, d'organiser de nombreuses expositions. Avec des amis, nous avons ouvert une galerie d'art dans le Vieux-Lyon, Confluences - 20 années de présence. Ces activités […]

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Mercredi 20 août 2008

Agréable de découvrir des livres qui viennent au bon moment. La prochaine biennale d'art sacré actuel
(BASA), dans la ligne de la Biennale d'Art Contemporain (BAC), sauf changement, a pour thème "filiation" ; d'où je viens , où je vais ? Que vont créer les artistes, J'impatiente de le savoir ?

Double filiation

La lecture de la réflexion du psychanalyste Denis Vasse me rappelle que l'être humain existe grâce à une double filiation.
1 - D'une part, la vie reçue par la chair (filiation biologique) et qui s'épanouit par la Parole (filiation spirituelle) ; d'autre part, la vie donnée qui peut n'être que filiation spirituelle (sans que cela supprime bien sûr une nouvelle filiation charnelle). Réception et transmission constituent l'être humain. L'enfant, différent de l'animal, ne peut grandir que s'il est entouré de la parole de ses géniteurs biologiques et d'adoptions. Je dis « et » parce que, s'il n'y a qu'engendrement sans Parole, sans adoption effective, affective même, il n'y a pas épanouissement harmonieux.
L'homme est don de vie. Il donne ce qu'il reçoit. Il n'a pas en lui-même, d'une façon autonome, la vie. Il est être de désir sans posséder à lui seul les moyens de sa réussite. Être et non avoir. Il est sans avoir de certitude ; découvrant avec souffrance ses limites.

Cette réflexion fondamentale inclut diverses conséquences :

2- Humain, L'homme n'est qu'en quête de vérité. Il cherche ce qui est juste. Marqué d'un désir inassouvi, il n'est qu'en quête d'amour, sans rien posséder de l'amour. Nous savons l'amour infini. En conséquence, l'homme sera toujours tendu vers le vrai, le beau, le bon, le juste, l'amour... Appel à la transcendance qui se vit pleinement dans l'acceptation de l'altérité. L'homme est transition vers autrui. Là, dans cette acceptation, réside la clé de sa perfection, de son perfectionnement, de sa plénitude à venir.
3 - Par contre, s'il ne cherche plus, s'il se fixe sur un avoir, s'il décrète posséder la connaissance du bien et du mal, il se ferme à tout développement futur. Celui qui affirme avoir la solution définitive à un problème donné en concluant que tout autre avis est illusoire s'enferme hors de la vérité. Celui qui croit, contre tous, posséder le vrai chemin, seul ou avec une poigné d'amis choisis, emprunte la voie des idoles. Telle est l'attitude du dogmatisme où la connaissance, la loi, la définition, ou quelque autre certitude indiscutable, portée par des partisans idolâtres, s'impose avec une autorité aliénante. Ainsi, le rôle que l'on laisse jouer à l'Argent, réalité abstraite qui, au lieu de servir l'homme met celui-ci à son service. Plus précisément, l'homme se le donne comme idole devenant son esclave.
La transmission dictatoriale de celui qui affirme sans condition avoir la vérité engendre des serviles.
4 - La réalité est dans la reconnaissance que l'homme est engendré en être libre, laissant libre, dialoguant en quête de vérités sans cesse perfectibles -ce qui nécessite l'acceptation de l'altérité et du débat. L'homme désire transmettre par la parole l'amour reçu.
Je ne vois pas dans cette attitude fondamentale de meilleur bouclier à la tendance fascisante de l'homme, dogmatique, qui croit avoir la vraie connaissance, l'unique vérité. Je parle de l'homme ; mais, on peut en dire autant de toute Institution qui se donnerait à elle seule la certitude de posséder la vérité.

Un matin, à la prière, la « liturgie des heures » me fit lire ce texte.
2 P 1,16 - 21 :
« Ce n'est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l'Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté. Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur." Cette voix, nous, nous l'avons entendue ; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte.

Nous tenons plus ferme la parole prophétique : vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour commence à poindre et que l'astre du matin se lève dans vos coeurs. Avant tout, sachez-le : aucune prophétie d'Ecriture n'est objet d'explication personnelle ; ce n'est pas d'une volonté humaine qu'est jamais venue une prophétie, c'est poussés par l'Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. »

par Michel Durand publié dans : Anthropologie communauté : Christianisme
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Mardi 19 août 2008

par Henri Tincq

Analyse
voir LE MONDE du 02.07.08


ll y a vingt ans, Marcel Lefebvre, évêque français insoumis, esprit borné, bafouait l'autorité du pape Jean Paul II, le 30 juin 1988. Dans son séminaire d'Ecône, en Suisse, bastion de l'intégrisme catholique, il consacrait quatre évêques pour assurer la postérité de la "tradition" contre le concile "hérétique" Vatican II. Des années de tractations avec la Curie romaine (surtout Josef Ratzinger) ou avec des "amis" comme le philosophe Jean Guitton étaient anéanties. Il faisait soleil, ce matin-là sur Ecône. L'huile sainte luisait sur le front des jeunes prélats. Les fidèles s'agenouillaient devant leur crosse, baisaient leur anneau. Au même moment, un décret fulminé par Rome excommuniait Mgr Lefebvre (mort en 1991) et ces nouveaux évêques devenus "schismatiques".

Deux décennies plus tard, et malgré les échecs successifs des tentatives de "réconciliation" menées par Jean Paul II et surtout Benoît XVI, le traditionalisme, s'il n'a pas gagné dans les textes, a gagné dans les têtes. Ceux qui avaient confondu - et ils étaient alors nombreux - cet épisode des sacres d'Ecône, il y a vingt ans, avec l'expression d'un folklore désuet promis aux poubelles de l'histoire, d'une nostalgie béate pour l'encens, la soutane et la messe en latin, se sont trompés.

Les "tradis" sont toujours là. Largement français à ses débuts - en raison de la nationalité de Mgr Lefebvre et des crispations dans l'Hexagone sur la liturgie moderne -, le phénomène s'est mondialisé. La frontière est de plus en plus poreuse, avec des manifestations de foi et de dévotion encouragées par un Benoît XVI, par un jeune clergé et des communautés dites "nouvelles" qui prônent le retour à la tradition comme mode de résistance à la sécularisation moderne.

Les séminaires de la Fraternité saint Pie X, noyau dur du schisme, ont essaimé en Allemagne, en Australie, aux Etats-Unis dans le Minnesota, en Amérique latine. Les générations de prêtres (près de 500) qui en sortent et de fidèles (600 000, de source vaticane) héritiers de cette dissidence se sont renouvelées. Elles sont installées dans plus de trente pays. Typiquement européen, ce modèle d'une Eglise autoritaire, intransigeante, anti-oecuménique et anti-moderne, dominée par la figure du saint prêtre en charge du sacré, s'est exporté. Il est, pour les traditionalistes, le garant de cette part de mystère, d'émotion et de beauté propre à toute tradition et que la "nouvelle messe" aurait sacrifiée. Dans un monde éclaté, le latin y retrouverait un statut de langue universelle et les emprunts aux traditions culturelles, en Inde ou en Afrique, pousseraient vers la "tradition" les fidèles attachés à une liturgie et à un catéchisme uniques.

Les traditionalistes ont trouvé un allié avec le pape allemand. Les fidèles s'étonnent des audaces que prend Benoît XVI en matière liturgique, à rebours de toute une évolution enregistrée depuis Vatican II. Le maître des cérémonies de Jean Paul II a été remplacé. Benoît XVI a rétabli le trône pourpre bordé d'or des papes préconciliaires, renoncé au "bâton pastoral" de ses prédécesseurs, symbole d'une Eglise plus humble, et ressorti la "férule" en forme de croix grecque du pape le plus réactionnaire du XIXe siècle (Pie IX). Il a restauré l'usage de la distribution de la communion à genoux et par la bouche, "destinée à devenir la pratique habituelle des célébrations pontificales", a déclaré dans L'Osservatore romano Mgr Guido Marini, son cérémoniaire. La France risque d'être stupéfaite lors de la visite de Benoît XVI en septembre.

LA ROME DU XIXE SIÈCLE
Un an après, le motu proprio (décret du pape) de juillet 2007 libéralisant l'ancien rite en latin n'a certes pas déchaîné les passions. En France, le ralliement à l'"ancienne messe" n'aurait touché que... 0,1 % de fidèles. Le nombre de paroisses où elle est célébrée depuis un an n'est que de 40, s'ajoutant aux 132 qui la proposaient déjà. Mais les traditionalistes n'ont pas renoncé à leur guerre d'usure contre les évêques, les prêtres et la Curie "modernistes". Ils ont rejeté le protocole d'accord proposé par Rome en vue de régler le schisme, qui ne leur demandait que de s'engager à respecter l'autorité et la personne du pape. Victime d'un jeu de surenchères sans fin, Benoît XVI se voit sommé de lever les excommunications de juin 1988 et d'attribuer aux prêtres traditionalistes un statut sur mesure de "prélature nullius", qui leur offrirait le double avantage d'être reconnus par Rome et de rester indépendants des évêques.

Benoît XVI peut-il aller jusque-là ? Serait-il vraiment ce pape qui n'aurait jamais réussi à s'affranchir de son modèle bavarois où la messe, la famille, l'angelus des champs et la musique des villes étaient au coeur du quotidien ? D'un passé de théologien épouvanté par l'ampleur des dérives qui ont suivi le dernier concile, par le "nihilisme" de Mai 68 et par l'inexorable montée du "relativisme" des moeurs et des opinions, y compris religieuses ? On peine à penser que ce philosophe, qui a dialogué avec des figures de la pensée laïque (Florès d'Arçais en Italie, Habermas en Allemagne), renoué avec Hans Küng, son ancien collègue théologien devenu son meilleur ennemi, prié dans une mosquée (Istanbul), visité des synagogues, écrit des encycliques au ton moderne sur l'amour et l'espérance, puisse demain ouvrir la porte aux schismatiques de 1988, arc-boutés sur la Rome du XIXe siècle. Celle qui combattait les idées de liberté et de droits de l'homme, qui était le bastion du dogme le plus figé, la citadelle de la seule foi catholique légitime, hostile à tout dialogue avec les chrétiens séparés et les confessions non chrétiennes.

Son goût pour la liturgie traditionnelle était connu, ceux qui s'en scandalisent devraient relire les ouvrages qu'il y a consacrés. De même sa mission de pape, gardien de l'unité, l'oblige-t-elle à renouer, avec les traditionalistes, une négociation dans laquelle, comme responsable de la doctrine à Rome, il avait mis le prix, il y a vingt ans, mais dont il vit encore comme un échec personnel la rupture. Dans toutes les religions, la liturgie est toujours l'expression d'une foi. Elle ne peut être dissociée de la doctrine. Or le cap a été fixé, il y a plus de quatre décennies, lors de Vatican II, maintenu par Paul VI et Jean Paul II. Aujourd'hui, un néoconservatisme règne à Rome, encouragé moins par le pape que par des groupes qui n'ont jamais fait leur deuil de l'Eglise autoritaire et repliée de jadis. Le retour à une liturgie plus traditionnelle, la réintégration des schismatiques risquent de se faire au prix d'un grignotage des acquis de quarante ans. Ce serait le triomphe posthume de Mgr Lefebvre.

par Michel Durand publié dans : Eglise communauté : Christianisme
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Lundi 18 août 2008

À la lecture du, je pense, dernier livre de Denis Vasse, « L'homme et l'argent », Seuil, mai 2008, j'ai dramatiquement pris conscience que je vivais au XIXe siècle et non au XXIe. En effet, ma conception du travail date d'un autre temps. Figurez-vous que je crois encore que le prix d'un objet est fixé en fonction du temps passé à fabriquer le produit.

Dans le Sud, peut-être, le prix de la marchandise vendue sur le marché est encore fixé au cours d'un dialogue entre le fabricant vendeur et le client acheteur par le biais du marchandage. Le prix résulte d'une entente, d'une alliance, d'un lien qui unit deux êtres différents. L'altérité reconnue engendre la vie.

Eh bien, non ! cela n'a plus court. L'argent n'est plus depuis très longtemps, le moyen de l'échange. Complètement abstraite de cette réalité, l'argent est une valeur qui travaille par elle-même et également, je suppose, pour elle-même. Le prix n'est pas ce qui se décide entre hommes sur le marché. Il est le « prix du marché », une abstraction économique. N'est-ce pas pour cela que les producteurs de coton africains n'arrivent pas à vendre au juste prix leurs productions tant celles-ci se trouvent faussement, mais légalement, concurrencées par les subventions données aux entrepreneurs du Nord ? Denis Wasse ne rentre pas dans tant de détails ; seulement sa réflexion de psychanalyste m'invite à voir dans cette direction. L'argent étant devenu une valeur abstraite, séparée de la vie, une disproportion phénoménale s'est instaurée entre les salaires. Le salaire, du reste, n'a plus rien à voir avec le profit.  

  • « Le travail n'est plus ordonné à la reconnaissance du vivant. Il est ordonné à un système de valeurs abstraites ou des représentations objectives, aux images, aux idées ou aux fantasmes selon le prix qu'il est censé avoir ou ne pas avoir, mais s'élève ou s'abaisse selon l'image qu'il donne dans un ordre économique qui mesure toutes les valeurs du monde et auquel l'homme n'échappe pas. Tel est le monde des affaires, de la publicité et de la communication. Paradoxalement, le travail n'y est plus référence à l'être de l'homme, à son nom. Il renvoie plutôt à la valeur d'un chiffre sans visage ».

Nous sommes dans le monde de l'avoir. On pense qu'avec un grand pouvoir d'achat, un énorme avoir, tous les besoins seront comblés. Grâce à l'argent, tout est possible. Le bonheur en sera à l'issue. C'est que l'on confond plaisir et désir. Alors que l'homme et un être de désir, l'argent pervertit sa vocation en en faisant un objet de consommation liée au plaisir sans aucune limite. Tyrannique, l'argent est vu comme jadis étaient vénérées les idoles. Denis Vasse rejoint Jacques Ellul dans la reconnaissance du caractère « sacré » que les contemporains donnent à l'Argent. Un dieu, Mammon, Trésor qui va envahir le cœur.

  • « Subtilement, inconsciemment, l'homme se met au service de l'idole qu'il a fabriqué ».

Asservissement.

La libération par l'objection de croissance.

Une fois de plus, l'appel à la pauvreté volontaire des objecteurs de croissance sonne avec justesse. Pour se libérer de la tutelle de l'abstraction économique, l'homme n'a qu'un moyen : œuvrer à diminuer ses avoirs pour grandir dans l'être. C'est ce que dit Luc 12,13-21.

Et, à sa suite, Saint Jean Chrysostome (IIIe s).

  • « Les riches ne mettent jamais un terme à la passion de la richesse, même s'ils se sont emparés de la Terre tout entière ; les pauvres s'efforcent de les devancer et une sorte de frénésie incurable, une force incoercible,  une maladie dont on ne peut guérir, saisit toutes les âmes. Cet amour vainqueur et exclusif a chassé de l'âme tout amour : amitié, parenté ne comptent plus ».

Denis Vasse commente : « Les miséreux ne peuvent satisfaire leurs besoins pour vivre. Les mercenaires vendent leur travail pour assouvir leurs pulsions ; les riches sont esclaves d'une satisfaction toujours inassouvie, ils sont tentés d'acheter tout pour « en avoir assez ».

Je n'avais pas encore terminé ma réflexion que ce sujet, que revenant de courses alimentaires, rue de la république, je fus interrogé par en enquêteur qui voulait sonder mes besoins d'augmentation de pouvoir d'achat. Étonné que je puisse être satisfait de mon salaire, surpris que je ne veuille pas plus, que je ne veuille pas travailler plus pour gagner plus, il gomma ce qu'il venait de mettre sur sa fiche. Je n'étais pas le bon profil, inutile de continuer à sonder, car je ne me mettais pas à genoux devant le pouvoir d'achat. Celui pour qui il faut tout faire afin qu'il augmente.


par Michel Durand publié dans : Politique communauté : Christianisme
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Dimanche 17 août 2008

Le disciple du Christ n’a pas de patrie sinon celle du Père. Et il s’agit de la terre entière. La maison de prière du Seigneur est « Maison de prière pour tous les peuples ».


En ce sens, il ne peut pas y avoir d’Eglise, d’Assemblée, de disciples du Christ attachés à une nation particulière. Une Eglise nationale est un non sens selon l’Evangile. Si Jésus, concrètement, n’a été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël, ses apôtres, Paul surtout, ont porté la Parole au-delà des frontières. Ils mettent en œuvre ce que le Seigneur annonçait déjà avec Isaïe : la miséricorde de Dieu est pour tous les peuples.

Bref, nous ne pouvons oublier cet universalisme et ne pouvons que faire bon accueil à l’étranger.


Pour lire l'ensemble de l'homélie, un clic.




par Michel Durand publié dans : Eglise communauté : Christianisme
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Samedi 16 août 2008

La violence existe.

Elle porte des noms différents selon le lieu d'observation. Un Etat qui veut maintenir son pouvoir, même sans être une dictature, utilise la répression. Son action violente, avec la médiation de la police, de l'armée, etc... est qualifiée de « Force ». Il s'agit de maintenir l'ordre du système établi. Les politiques de droite, comme celles de gauche, ont leurs « forces de l'ordre » Violence légale.
Un peuple opprimé, n'ayant plus l'énergie de subir les injustices, s'organisera en violence révolutionnaire. On pense généralement que, dans cette situation d'injustice, seule la force révolutionnaire apportera les modes de vie attendus. Violence illégale.
L'histoire est oubliée, perdue dans les espoirs d'une vie meilleure. En fait, la libération momentanément obtenue se transforme vite en de nouvelles oppressions. Il est une loi incontournable : la violence engendre la violence.

A côté de ces violences actives, il y en a d'autres que l'on peut qualifier de passives.

Je ne souhaite pas, ici, traiter de toutes les formes possibles et imaginables de violence, mais seulement donner à penser sur la réalité de la violence et sur les éventuelles réponses à la
violence.
J'appelle violence passive tout système imposant des contraintes telles que la liberté n'existe pas.
Ainsi l'esclavage des cités grecques. Il était une nécessité pour la vie démocratique.
Toute proportion gardée, n'y a-t-il pas une violence de cette espèce dans l'organisation du travail où les actionnaires ont plus de poids que les concepteurs et les producteurs ? L'économie néolibérale est régie par des lois qui placent les personnes dans des conditions de contraintes qui ne sont rien d'autre que violentes.
Jacques Ellul, qui m'inspire en partie cette réflexion, écrit : « Le système concurrentiel qui suppose la célèbre libre entreprise, où soi-disant « le meilleur gagne », n'est-il pas en définitive une « lutte au couteau » économique, expression d'une pure violence que les lois n'arrivent pas à tempérer, et où les plus faibles, les plus moraux, les plus délicats sont nécessairement perdants ? La critique du système de libre concurrence comme mode de violences est essentielle ».

La publicité

Parmi les formes concrètes de cette violence économique, je place la publicité. A la maison, dans les rues, à la télévision, ou dehors sur les murs, sur d'immenses panneaux notamment aux portes des villes, la publicité impose sa présence. Violence passive que l'on peut certes éviter en détournant la tête, violence insidieuse qui nous traque en toutes occasions...Violence qui nous fait perdre la tête en y distillant des besoins complètement illusoires. Violence d'autant plus violente qu'elle passe pour juste. C'est bien la consommation qui répond à la production : base primaire de la vie économique, du travail, base juste, violence légitime. « Les méthodes de manipulation psychologique... le terrorisme doctrinal, l'impérialisme économique, la lutte acharnée de la libre concurrence, sont autant visés que la torture, la guérilla, les polices. Le capitaliste qui opprime et exploite depuis son bureau un ensemble d'ouvriers ou des populations coloniales est un violent du même ordre que le guérillero ». Cet homme, précise Jacques Ellul, ne peut se dire chrétien tout en entretenant de telles relations avec autrui qui sont marquées de l'ordre de la nécessité. Son obéissance à l'économisme le sépare irrémédiablement de Dieu qui nous souhaite tous libres.

Les révoltés

Face à la violence publicitaire, je conçois très bien que des révoltés puissent agir avec violence. L'oppression d'un système est telle qu'il semble ne pas y avoir d'issue possible par le dialogue. Les commandos contre la publicité (Casseurs de  Pub, Déboulonneurs...- voir leur site) expriment violemment leur opposition, comme si c'était l'ultime recours en leur possession. Notons que leurs actes violents ne visent jamais les personnes. Ils s'en prennent seulement au matériel publicitaire, symbole d'un système économique. Ils pensent, par ces actions, alerter l'opinion pour que, enfin, la société change de route. Illégales, destructrices, leurs actions sont plus de l'ordre du cri qui se voudrait prophétique que d'une opération répétitive qui se pense immédiatement efficace.  
Personnellement, je ne me vois pas prendre la route de cette forme de violence pour libérer la Société de la violence publicitaire. Mais, que mon hésitation ne m'empêche pas de considérer avec sérieux la gravité politique de leur acte. Bien voir en face la réalité de la violence posée est une nécessité qu'aucune morale ne devrait occulter. En termes plus généraux, je me permets de penser que la violence n'est ni juste, ni bonne, ni légitime. Elle est compréhensible et invite à un effort de dialogue pour en saisir les raisons profondes afin de remédier aux causes qui l'ont provoquée. Elle est non condamnable, car elle émane d'un homme réduit au désespoir qui ne voit pas d'autre issue pour arrêter une situation hypocritement juste.
Bien évidemment, tout mon raisonnement s'avère complètement erroné si les casseurs de pub en question cassent pour le seul plaisir de casser. Je ne me place pas, dans ce texte, devant le problème de ceux qui détruisent sans savoir pourquoi, sinon pour exprimer leur dégoût d'une société de surabondance à laquelle ils n'ont pas accès Disons toutefois que cette violence, également, mérite que l'on prenne les moyens d'en atteindre les racines. Comprendre.

L'engagement selon l'Evangile ?

Les anti-publicitaires dont je parle sont motivés par une  perspective politique. Ils agissent au nom d'une idéologie raisonnée. Celle-ci peut être imprégnée de christianisme, de fidélité à l'Evangile. Que peut-on alors en dire ?
Premièrement, comme je le sous-entendais précédemment, il est bon de rappeler que la violence appartient à l'ordre de la Nature. Il existe un réalisme chrétien qui refuse de voir le monde autrement qu'il n'est. Depuis Adam, Caïn, Abel... la violence est là ; elle agit comme une nécessité et ce serait un manque d'intelligence que de se scandaliser devant cette réalité. Mais dire que ce qui est nécessaire est, par le fait même, bon, bien, légitime, est également une erreur. Un regard chrétien porté sur la réalité de la violence invite à ne pas multiplier les prises de position qui, infiniment, engendreraient la violence. Il suggère, au contraire, que l'on trouve les moyens de sortir de la nécessité de la violence. La liberté chrétienne fondée sur la victoire du Ressuscité exige que l'on échappe au domaine de la nécessité. Selon Jacques Ellul, « Plus la violence apparaît du domaine de la nécessité, plus la reconnaissance de la Seigneurie de Jésus-Christ doit nous conduire à briser cette violence, en en récusant la nécessité ».
Soyons plus concret. Comment, au moins à titre personnel, se distancer du domaine de la nécessité ? Comment agir dans notre quotidien pour rompre avec la prétendue nécessité économique ? Je reste, bien entendu, dans le contexte de la confrontation avec les « anti-pub ».
Tout l'enseignement de l'Ancien Testament nous montre le chemin à parcourir pour échapper à la nécessaire contrainte du monde afin de rejoindre les lieux de la liberté : il s'agit du jeûne, du repos et du don.
Le jeûne ?
C'est rompre avec la nécessité biologique de nourrir son corps. On s'aperçoit, en le pratiquant, qu'on y gagne en liberté de tous ordres.
Le repos ?
C'est le temps que l'on se donne une fois le travail accompli, afin de contempler l'œuvre dans son ensemble. Le repos est indispensable à la hiérarchisation des diverses tâches : « A quoi sert de gagner le monde entier si tu en viens à perdre ton âme ? ».
Le don ?
C'est le partage, l'efficace reconnaissance que l'autre est mon frère. Il est le début de la possible solidarité.
Par ces trois actes - donner, se reposer, jeûner - je m'échappe de mes nécessités quotidiennes et je gagne en liberté. Ils sont des options fondamentales qui orientent mes choix idéologiques et me guident dans les actions à mener. Le souci du pauvre, de l'opprimé, demeure sans cesse dans mon champ de vision.
Le développement de ces 3 points est absolument possible avec les Evangiles. Et cela mériterait de le faire présentement. Mais je dois bien m'arrêter sous peine, négligeant la fatigue, d'oublier le repos.
Le terrain sur lequel je me place est assurément imprégné de radicalisme évangélique.
On pourrait de nouveau parler dans la ligne des prophètes, du Christ, de disciple... de pauvreté volontaire.

par Michel Durand publié dans : Politique communauté : Christianisme
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